Le Joueur d'échecs
Stefan Zweig
Le Livre de Poche Jeunesse
90 pages
À bord d’un paquebot, deux inconnus s’affrontent lors d’une partie
d’échecs. L’un d’eux n’est autre que Czentovic, homme d’origine modeste,
mais champion du monde en titre. Le second est un énigmatique
aristocrate... Le
narrateur, intelligent et fin psychologue, découvre alors, au fil d’une
partie toute en rebondissements, le passé de ces deux génies, et
comprend qu’une partie d’échecs se joue autant sur l’échiquier, qu’en
dehors.
C'est en lisant Lettre d'une inconnue que je suis tombée amoureuse de la plume de Stefan Zweig. En effet, c'est une nouvelle qui m'avait énormément touchée. En toute logique, j'ai donc voulu retenter l'aventure qui se conclut d'une excellente manière puisque j'ai également adoré Le Joueur d'échecs...
L'action se déroule au cour d'une traversée maritime : là, sur ce paquebot, deux hommes vont s'affronter aux échecs. Tandis que l'un en est champion du monde, l'autre est totalement inconnu du public mais, pour autant, ce dernier est un adversaire redoutable...
D'un côté, on a Czentovic, qui, excusez-moi, ne paraît pas très intéressant : il est certes extrêmement doué aux échecs vu qu'il en est le champion du monde mais ce n'est absolument pas un homme que j'aimerais côtoyer. L’appât du gain est l'une des seuls choses qui semble véritablement l'intéresser hormis la discipline où il excelle. Je n'ai donc éprouvé aucune forme d'attachement ou de compassion pour lui...
Au contraire, j'ai énormément aimé son adversaire : cet inconnu dont on apprend petit à petit l'histoire m'a passionnée. D'abord, l'histoire, ou plutôt l'enfer, qu'il a vécu nous oblige à éprouver de la compassion pour lui. Ensuite, sur l'aspect psychologique, il est très intéressant. Sa manière de fonctionner est captivante. Et puis, j'ai beaucoup aimé la modestie et la sympathie qu'il témoignait envers le narrateur.
Ce dernier m'a plutôt bien plu également : on ignore beaucoup de choses de lui, hormis sa curiosité. Du coup, dire que je me suis attachée à lui serait exagéré. Mais les fois où il intervient véritablement, je l'ai trouvé agréable et convaincant.
Étant donné qu'il s'agit d'une nouvelle portant sur une partie d'échecs, vous vous douterez bien qu'il n'y a pas des actions abracadabrantes, ni de l'action pure et dure. Non, ici, ce qui prévaut c'est surtout l'étude des deux esprits des joueurs : il n'y a pas à dire, ils sont diamétralement opposés. Mais comment se fait-il qu'ils soient tous deux aussi bons joueurs à un jeu qui nécessite une très grande réflexion dont peu peuvent témoigner ? Tout est expliqué, petit à petit, il suffit juste d'être un peu patient. Des choses anodines ont, en fait, toute leur importance... Au final, j'ai été captivée par l'histoire des deux individus. Ce sentiment captivant s'est du coup retrouvé lorsque les deux esprits s'opposaient, lorsque la partie d'échecs a débuté, partie dont on suit chaque mouvement.
D'ailleurs, l'histoire de l'inconnu m'a fascinée, interrogée, dégoûtée. Ce qu'il a vécu est extrêmement fort, on a tellement envie de savoir la fin que l'on ne se rend pas compte du nombre de pages tournées. On se rend également compte à quel point les hommes savent bien faire pour avoir ce qu'ils souhaitent, pour faire mal...
Enfin, la plume de Stefan Zweig m'a encore énormément plu. Elle retranscrit avec efficacité, exactitude et de manière prenante les sentiments des personnages sans que cela ne devienne larmoyant. Il reste en effet toujours une petite distance qui nous permet de rester quasiment objectifs et de suivre assidument le récit pour n'en rater aucun aspect, horrible ou non.
Ainsi, c'est une excellente lecture ! J'ai été ravie de replonger le nez dans un écrit de Stefan Zweif dont j'aime beaucoup la plume et la manière de traiter les échecs d'un point de vue quasiment que psychologique.
